Et si on arrêtait de faire comme si monter une boite était facile?

Et si on faisait amende honorable et reconnaissait qu’on ne gagne pas assez d’argent?

Et si, au lieu de prétendre que tout était au top on se préoccupait de comment arriver au top?

La semaine dernière, j’étais à un événement de réseau entrepreneurs/TPE. La pièce était remplie de gens très différents, pas mal de femmes, quelques hommes, tous ayant l’espoir que cette rencontre allait leur apporter des idées, contacts, soutien, des amitiés et plus de business.

Et quand chacun d’entre nous a présenté son activité en 1 minute, nous avons tous essayé de ‘pitcher’ le mieux possible, certains visiblement totalement rôdés le faisant sans effort, d’autres encore en quête ou réflexion sur ce qu’ils allaient proposer.

Et quelque chose m’a frappée : plus l’orateur était ‘avancé’ dans sa démarche entrepreneuriale moins son discours semblait authentique.

Ils étaient tous très professionnels, se concentrant sur les besoins de leur cible avant les leurs (principes de base du marketing et de la vente) et résumant très synthétiquement ce qu’ils proposaient à qui.

Des pitchs certes très pro mais aussi souvent très politiquement correct et quelque peu générique (en contradiction avec les règles de personal branding — être passe partout n’est pas la voie vers une marque personnelle forte).

Et il manquait quelque chose : un sentiment d’authenticité, de connection et un certain réalisme.

Lancer une boite, c’est très difficile.

Ca demande du courage d’un jour quitter le confort de son job, de s’embarquer dans l’aventure et d’aller chercher comment gagner de l’argent en faisant quelque chose qu’on fait bien ou extrêmement bien, en espérant trouver des clients sur le chemin.

Mais malgré cela, après quelques mois d’entrepreneuriat et au fil des rencontres — pour rompre la solitude de l’entrepreneur, pour obtenir du soutien, trouver des idées et rencontrer des prospects — on oublie ou banalise ce courage qu’on a déployé lors du lancement et on commence à s’accommoder de tactiques de ‘façade’.

 

Pourquoi la façade?

 

Parce qu’on nous a dit que pour avoir des clients, on doit avoir l’air occupés voire surbookés  – même si cela implique mentir ou manipuler la réalité.

Parce qu’on pense qu’avoir besoin de vendre c’est mauvais pour le business  – et ça l’est si vous différenciez ceux qui ont besoin de ceux qui sont désespérés. Tous les entrepreneurs ont besoin de clients. C’est comment ils vont les acquérir qui va en faire des pros ou des désespérées.

Parce qu’on pense qu’être nous même, avec nos tares et défauts n’est pas possible  – certes, trop de tares effraient les clients mais personne n’aime un entrepreneur-droid sans défaut.

Mais revenons peu en arrière : quand on a décidé de lancer notre boite, on croyait pouvoir le faire en étant nous. On pensait avoir les compétences, l’expérience et la motivation pour la construire.

Et étrangement, quelques mois voire années plus tard, on accepte une version édulcorée voire dévaluée de nous même.

Parce qu’on a subitement peur que si l’on reconnaît qu’on est humain et que parfois, on galère, on perd le cap, on s’embrouille — on aura échoué.

Echoué quoi exactement?

D’être au top de tout 100% du temps? Tout le monde se plante sur ce point et ce n’est pas un problème.

 

Brenée Brown, dans son Ted Talk le plus connu explique le pouvoir de la vulnérabilité et va même jusqu’à démontrer que les personnes les plus influentes sont celles qui n’essayent pas d’apparaître parfaites.

Parce qu’avoir confiance c’est n’est pas sembler être occupé, avoir réussi ou intégré l’art de la persuasion et l’influence.

 

La vraie confiance c’est être capable de dire :

Bonjour, je m’appelle Alexia, j’ai une petite entreprise, je pense que jusqu’à présent j’ai apporté quelque chose à la vie de mes clients mais monter une boite c’est dur, ça prend du temps et je travaille toujours sur sa croissance. Ce n’est pas un processus linéaire où l’on va de A à B.  Au cours des 2 dernières années, j’ai galéré pour déterminer ce sur quoi je suis vraiment la meilleure, ce que je ne devrais pas faire comme les autres et régulièrement je doute de mes objectifs pour mon business. J’ai arpenté des chemins bien connus, exploré de nouveaux territoires et j’en suis ressortie une meilleure professionnelle, une meilleure version de moi même et j’ai beaucoup appris. Même si le voyage c’était pas le Club Med tous les jours.

Donc, j’aimerais continuer à développer mes compétences et trouver des moyens d’atteindre plus de gens, pour que mon offre s’améliore encore plus. Et pour cela, j’ai besoin d’un réseau.

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Monter une boite c’est comme s’occuper d’une plante.

Au début, elle a besoin de beaucoup d’eau, d’attention et parfois il faut la déplacer d’un autre côté du jardin parce qu’il y a trop ou pas assez d’ombre, de soleil ou d’eau. Mais, une fois que vous avez fait tous ces essais — qui peuvent prendre plusieurs saisons — son entretien devient plus simple, parfois même ça tourne tout seul.

On devrait arrêter de faire comme si on avait trouvé le bon emplacement pour notre plante dès la 1ère tentative.

Quelques personnes y arrivent mais, en général, si vous creusez un peu, vous verrez qu’ils ont en réalité testé pas mal de choses ‘en douce’. Seules les plantes en plastiques se moquent de l’emplacement et l’entretien.

Cette stratégie de faux-semblants peut sembler efficace mais je crois vraiment que beaucoup de gens détectent la dissonance entre ce que l’on dit et comment on se comporte. Et ils se barrent.

Et soyons honnête — si vous aviez autant de succès que vous laissez paraître (avec votre plante idéalement située dans le jardin), est-ce que vous vous retrouveriez à réseauter autant?

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Il y a une expression anglaise parfaite pour ce déni — arrêter de faire comme si il n’y avait pas d’éléphant dans la pièce.

 

Alors je dis, au lieu de faire comme si il n’était pas là, pourquoi ne pas plutôt parler de lui : sa taille, il y en a-t-il plusieurs, comment nous l’avons rétrécit, comment nous avons accepté qu’avec une entreprise, il est possible qu’il soit toujours là, que parfois il grandisse et que parfois il parte en vacances?

Ces réunions réseaux ne seraient-elles pas plus productive avec l’animal mis en lumière?

Ne vous méprenez pas — faire “comme si tout marchait jusqu’à ce que ça marche (fake it till you make it)” , quand c’est bien ciblé, peut vraiment vous aider à développer les attitudes, comportements et croyances nécessaires à votre projet. Vous entraîner à vivre votre vie future peut vraiment accélérer votre réussite. Et c’est super.

Mais parfois, particulièrement quand vous êtes avec d’autres entrepreneurs, certains masques peuvent tomber.

Parce que ne pas avoir assez de clients ne vous rend pas incompétent.

Parce qu’avoir besoin de plus de business ne veut pas dire que vous êtes mauvais ou que le business n’est pas pour vous.

Ca veut juste dire que vous avez besoin de plus de temps, d’aide et d’expérimentation pour déterminer ce qui marche de ce que ne marche pas. Ce que vous avez besoin de changer ou améliorer. Ce qui fait ressortir le meilleur de vous même.

Un enfant qui apprend à marcher ne fait pas comme si il savait avant de le faire. Il continue à essayer jusqu’à ce qu’il y arrive.

Tous les enfants apprennent à marcher. Ils ont tous la capacité et votre boite aussi.

Qui est Alexia — mes clients sont des entrepreneurs ou indépendants qui veulent sortir d’une impasse sans prendre des années à décortiquer le passé. Je les aide, avec une approche pragmatique, soutenante et sans fioritures, à résoudre un problème business, émotionnel ou relationnel qui actuellement rend leur vie professionnelle difficile.

 

Credit photos : 1. Thomas Hawk, Pretend CC BY-NC 2.0 no mods, 2. Grow Caleb Roenigk GrowCC BY 2.0 , 3. http://lps.co.nz/pms-watch-out-for-these-elephants-in-the-room/