L’entrepreneuriat, c’est à la mode….et pourtant il y a beaucoup de risques pas toujours assumés

On en parle beaucoup, surtout dans l’écosystème parisien des startups où il se doit d’avoir une offre tech : appli, plateforme ou communauté. Autant je suis contente de voir que la France soutient ses créateurs d’entreprise, autant je suis inquiète de l’engouement non réfléchi pour ce mode de travail différent.

Beaucoup de bloggers, ayant flairé l’intérêt de nombreux salariés pour cette profession, en parlent et certains proposent même des systèmes pour trouver le “job de leur rêve”, “créer sa boite idéale”, “vivre de ses revenus passifs” — ce dernier étant le modèle de “business Lifestyle” initié par Tim Ferriss il y a bientôt 10 ans dans son livre “la semaine de 4 Heures”.

A priori, c’est une bonne idée d’accompagner la création d’entreprise, sauf que, sur la majorité de ces blogs, ce qui est mis en avant ce sont surtout les bénéfices moyen/long terme de l’entreprenariat quand ça marche(autonomie, créativité, propre patron, horaires flexibles, revenus passifs, etc…).

Les obstacles et difficultés sont soit mises sous le tapis soit annoncées comme facilement gérables par le financement public (Pole Emploi, premier business angel de France) ou par la modification de son mode de pensée (le fameux « mindset”), certaines méthodes dignes de la méthode coué (si on y croit, on y arrive, les opportunités se présentent.. le tout sans business model probant…).

Ce qui me gêne dans tout cela c’est que ces offres sont essentiellement ciblées vers ce qu’on appelle les ‘wantapreneurs’ — souvent des salariés en difficulté ou lassés de leur emploi, envisageant de tout lâcher pour la liberté entrepreneuriale.

Et pour qui, croire ces programmes, devenir son propre patron, semble du coup résoudre tous les problèmes, voire représenter le job idéal. Le tout arrosé de l’idéologie actuelle dominante (et dévastatrice) qu’il faut, à tout instant, s’épanouir dans son job sinon on a raté sa vie…

Risques Entreprenariat Alexia Lean Canvas

On ne devient pas entrepreneur par défaut mais par besoin.

  • Parce qu’on a des idées sur comment répondre à un besoin, résoudre un problème.
  • Parce qu’on a une technologie (ancienne ou nouvelle — l’orfèvrerie c’est de la technologie) qui se démarque et peut, si bien ciblée, apporter de la valeur.
  • Parce qu’on a choisi d’être un électron libre, pour ne pas devoir faire trop de compromis, tels de nombreux artistes, freelances créatifs ou que la profession s’y prête comme pour les consultants ou coachs.
  • Parce qu’on a dépassé l’âge limite d’embauche sur le marché du travail ou qu’on fait partie de certaines minorités qui, actuellement, ont du mal à accéder au salariat classique ou à un emploi à la hauteur de leurs compétences.

On devient entrepreneur pour ces raisons là. Parce que ça s’impose ou qu’on n’a plus d’autre choix.

Alors oui, le faire suite à un licenciement et avec l’aide de Pole Emploi, pourquoi pas. Dans certaines situations, c’est une vraie opportunité et le succès est en bout de course.

Mais de ce que j’ai observé, plus on a de confort, plus le projet avance lentement ou est en phase de ‘réflexion’ et plus grande est la chance qu’à la fin des allocs, le dossier soit rangé et que le wantapreneur reprenne le chemin du salariat.
Et ceci est d’autant plus le cas que la personne se retrouve là par défaut, sans l’avoir véritablement désiré.

Je vois au quotidien des salariés ET des entrepreneurs aux prises avec des difficultés relationnelles ou émotionnelles au travail. Je constate que si le statut peut parfois changer la donne, souvent on transporte son problème du salariat à l’entrepreneuriat.

Si la personne a quitté son entreprise parce qu’elle était en conflit avec son chef, certes en tant qu’indépendant elle n’a plus de chef, mais souvent elle se retrouve face aux mêmes difficultés avec un client ou un fournisseur et parfois dans une situation bien pire car elle n’a plus de solution de repli ni de hiérarchie ou RH pour arbitrer. Si elle ne gère pas ce client ou ce fournisseur (ou les investisseurs), elle perd tout.

Et oui, certains cadres post-burnout s’épanouissent dans cette nouvelle aventure mais d’autres rempilent et se retrouvent à nouveau face au mur de l’épuisement (encore plus fréquent chez les indépendants vu l’impact financier direct d’un manque ou d’une baisse d’activité et l’isolement rencontré le plus souvent).

Le but de ce billet n’est pas de vous faire la morale, de vous dissuader de ne pas tenter l’entrepreneuriat mais plutôt de vous poser les bonnes questions si c’est la voie qui vous intéresse.

En commençant par :

1. Et si mon problème actuel au boulot disparaissait du jour au lendemain et ne revenait plus, est-ce que je serais toujours partant(e) pour créer mon activité?

Si vous répondez non, c’est un premier indicateur que ce projet est une façon de résoudre votre difficulté mais que finalement, si vous trouviez une solution qui marche, vous préféreriez ne pas sortir du salariat…

Si vous répondez oui, je vous invite alors à vous demander :

2. Que vais-je perdre en quittant le salariat

— quels vont être les obstacles, inconvénients, contraintes, risques que je vais rencontrer en devenant entrepreneur? Incluez les obstacles matériels, personnels mais aussi relationnels.

ex. je vais avoir 23 mois pour trouver une façon de gagner de ma vie donc beaucoup de pression dans un univers que je découvre et où l’on doit être un couteau suisse et savoir faire un peu de tout. Le budget familial va être réduit significativement et donc peut être devra-ton revoir l’organisation de la famille (nounous, baby sitters). Il va devenir plus difficile de prendre des vacances (non payées) ou de ne pas travailler certains WE ou le soir. Je vais avoir besoin d’évaluer la viabilité de mon projet, sachant que peu de nouvelles entreprises passent la barre des 3 ans. Si mon projet échoue, que va être mon plan de repli (retour au salariat, autre projet, comment..) et suis-je prêt(e) à assumer ce ‘back to corporate’ après 1–2 ans d’absence et avec quelles conséquences. Je vais devoir travailler de la maison un moment ou payer un bureau.

La liste est non exhaustive et l’accent mis va dépendre de chacun…

On se pose souvent la question inversement — quels sont les avantages à partir et ceux à rester.

Se poser la question des désavantages de ce projet, c’est vraiment prendre le temps d’envisager ‘le prix à payer’ .
Et plus vous aurez exploré ce choix dans le détail de ses inconvénients, plus vous pourrez prendre une décision informée et de faire un véritable choix.

Je me doute que mes questions ne vous semblent pas faciles, surtout si vous avez envie de vous lancer à fond dans une entreprise.
Je passe pour la rabat-joie. Il est donc fort possible que vous les ignoriez. Et je le comprends et j’assume.

Mais ne pas les considérer, c’est prendre le risque de lâcher la proie pour l’ombre et suivant votre âge, vos compétences, votre région et secteur d’activité, prendre le risque d’atterrir dans une situation beaucoup plus difficile que prévue et à laquelle vous n’êtes pas préparée.
Et quand notre réalité est très loin de nos attentes et de celles de nos proches, le risque de déprime voire de dépression ou burn out est grand.
Prenez soin de vous, préparez vous avant de sauter.

Signature Alexia Coaching Travail Job

 


Sur le même sujet en plus opérationnel et business, je vous recommande Un excellent article de Mylène Aboukrat sur la question “Si à 40 ans t’as pas lancé ta startup, t’as raté ta vie…”
et beaucoup d’autres sur le magazine d’entrepreneurs Fractale

Credit photo – Alan English CPA